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Couleurs, émotions et animaux : quelle influence sur notre relation avec eux ?

  • il y a 1 jour
  • 7 min de lecture

Le blanc, le beige, le gris et le noir occupent aujourd’hui une place importante dans nos intérieurs, nos vêtements, nos véhicules et les objets qui nous entourent.

Cette évolution esthétique peut sembler anodine. Pourtant, les couleurs participent à notre perception de l’environnement. Selon notre histoire, notre culture, notre sensibilité et notre état émotionnel, elles peuvent être associées à des sensations différentes.

Une couleur peut évoquer la sécurité chez une personne et provoquer de l’inconfort chez une autre. Elle peut rappeler un souvenir agréable, une période difficile, un lieu familier ou une expérience particulière.


Mais lorsqu’un animal partage notre quotidien, une autre question se pose :

Ce que nous ressentons face aux couleurs peut-il influencer notre manière d’interagir avec lui ?


decoration beige

Cette réflexion permet d’aborder la chromothérapie animale avec davantage de nuance. Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une couleur produit automatiquement un effet précis sur tous les animaux. Il s’agit plutôt d’observer l’environnement dans son ensemble, l’état émotionnel de l’humain et les réactions individuelles de l’animal.


Nos objets du quotidien sont-ils réellement devenus plus gris ?


En 2020, Cath Sleeman a utilisé des outils de vision par ordinateur pour étudier plus de 7 000 photographies d’objets appartenant aux collections du Science Museum Group britannique.

Les photographies analysées représentaient différentes catégories d’objets familiers : téléphones, appareils photo, objets domestiques, machines à écrire ou encore moyens de transport.


L’analyse suggère qu’au fil des décennies, les objets de certaines catégories sont devenus progressivement plus gris et plus anguleux. Cette étude porte sur l’évolution visuelle et esthétique des objets conservés dans les collections du musée. Elle ne démontre donc pas que la diminution des couleurs modifie directement nos émotions ou le comportement des animaux. 


Elle permet cependant de constater une transformation de notre environnement matériel.

Les objets colorés, les motifs, les textures et les formes arrondies ont souvent laissé davantage de place aux lignes épurées et aux tons neutres. Cette évolution est visible dans le design contemporain, mais aussi dans de nombreux espaces professionnels et domestiques.


La question n’est pas de savoir si le gris ou le beige sont de « mauvaises » couleurs. Une pièce très neutre peut être agréable et apaisante pour certaines personnes. Il est simplement intéressant de prendre conscience de ce que notre environnement produit en nous.


Les couleurs influencent-elles réellement les émotions humaines ?


Le rapport entre les couleurs et les émotions est étudié depuis plus d’un siècle. Une revue systématique récente a analysé 128 années de recherches consacrées aux correspondances entre couleurs et émotions.


Elle met en évidence l’existence de certaines associations régulièrement retrouvées. Cependant, les auteurs rappellent une limite essentielle : associer mentalement une couleur à une émotion ne signifie pas nécessairement que cette couleur provoquera réellement cette émotion lorsqu’une personne y sera exposée. Le contexte, la culture, la luminosité, l’expérience individuelle et la manière dont la couleur est utilisée restent déterminants. 


Ces affirmations oublient la singularité de chaque personne.

Une personne peut apprécier profondément le rouge parce qu’il lui évoque l’énergie, la chaleur ou la confiance. Une autre peut l’associer à une expérience désagréable ou le trouver visuellement envahissant.


La couleur n’agit jamais seule. Elle s’inscrit dans un ensemble comprenant notamment :


  • l’intensité lumineuse ;

  • la saturation de la couleur ;

  • la taille de la surface colorée ;

  • les autres couleurs présentes ;

  • le moment de la journée ;

  • l’état émotionnel de la personne ;

  • son histoire personnelle.


Cette prudence est essentielle lorsque l’on souhaite réfléchir à l’utilisation des couleurs auprès des animaux.


Deux aras multicolores se blottissent et se toilettent dans un feuillage vert, ambiance tendre et tropicale.

De la couleur à l’émotion, puis de l’émotion à l’animal


Une couleur ne doit pas nécessairement agir directement sur l’animal pour modifier une interaction.


Elle peut d’abord agir sur l’humain.

Imaginons une personne qui se sent particulièrement bien dans un environnement végétalisé, lumineux et composé de couleurs qu’elle apprécie. Elle peut alors respirer plus calmement, ralentir ses mouvements, parler avec une voix plus douce et se montrer davantage disponible.


À l’inverse, un environnement qu’elle trouve oppressant peut contribuer à augmenter sa tension, accélérer ses gestes ou diminuer sa patience.

L’animal ne connaît pas nécessairement la signification symbolique que cette personne attribue à une couleur. En revanche, il peut percevoir les conséquences de son état émotionnel à travers différents signaux :


  • sa posture ;

  • ses mouvements ;

  • son regard ;

  • ses expressions faciales ;

  • sa respiration ;

  • le rythme et l’intensité de sa voix ;

  • son odeur corporelle ;

  • sa disponibilité relationnelle.


La couleur peut donc intervenir comme un élément de l’environnement susceptible de modifier l’état intérieur de l’humain, lequel peut ensuite influencer la relation.

Il s’agit d’une hypothèse indirecte et multifactorielle, et non d’un effet automatique de la couleur sur l’animal.


Homme souriant levant un chien en l’air avec sa laisse dans un parc, ciel bleu et skyline urbaine au fond.

Les chiens et les chats perçoivent-ils les émotions humaines ?


Les recherches menées sur les chiens montrent qu’ils sont capables d’extraire certaines informations émotionnelles provenant de signaux humains visuels et vocaux.

Une étude publiée dans Biology Letters a notamment montré que des chiens pouvaient mettre en relation des expressions faciales et des vocalisations présentant une valence émotionnelle cohérente. Les résultats soutiennent l’idée qu’ils sont capables d’intégrer des informations émotionnelles issues de plusieurs modalités sensorielles. 


Une revue critique consacrée à la perception visuelle des émotions chez le chien souligne également leurs capacités à discriminer certains signaux faciaux et corporels. Elle rappelle néanmoins que les résultats peuvent varier selon les méthodes utilisées et que notre compréhension de ces mécanismes reste incomplète. 


Les animaux ne se contentent pas d’observer notre visage. Ils analysent un ensemble de signaux parfois très discrets.

Ils peuvent notamment être attentifs :


  • à l’orientation de notre corps ;

  • à la tension de nos muscles ;

  • à la vitesse de nos déplacements ;

  • au volume de notre voix ;

  • à notre manière de les approcher ;

  • à notre odeur.

Notre état émotionnel devient ainsi une information environnementale pour l’animal.


Femme stressée à son bureau, mains aux tempes, regarde un ordinateur portable dans une pièce blanche.

Le stress humain peut-il influencer le chien ?


En 2024, une étude publiée dans Scientific Reports a évalué la réaction de 18 chiens exposés à des échantillons olfactifs provenant de personnes placées dans une situation stressante ou relaxante.

En présence de l’odeur de stress humain, les chiens ont présenté des réponses plus prudentes face à une situation ambiguë. Les chercheurs précisent que les résultats peuvent évoquer une stratégie de réduction du risque et que l’apprentissage lié à la répétition des tests doit également être pris en compte. 

Une autre étude menée auprès de 58 binômes composés de chiens et de leurs humaines a observé des corrélations entre leurs concentrations de cortisol dans les cheveux. Les auteurs ont évoqué une synchronisation possible des niveaux de stress à long terme, tout en rappelant que l’étude concernait seulement deux races de chiens et des propriétaires féminines. 


Ces recherches ne signifient pas que l’humain est responsable de toutes les émotions ou de tous les comportements de son chien.


Le comportement animal dépend de nombreux facteurs :


  • la génétique ;

  • les apprentissages ;

  • les expériences passées ;

  • l’état de santé ;

  • la douleur éventuelle ;

  • l’environnement ;

  • les besoins fondamentaux ;

  • les relations sociales ;

  • la fatigue ;

  • les perceptions sensorielles ;

  • la personnalité individuelle.


Elles nous invitent toutefois à considérer l’humain comme une partie entière de l’environnement de l’animal.

Lorsque nous observons un comportement, nous pouvons donc nous demander non seulement ce qui se passe autour de l’animal, mais également ce que nous-mêmes sommes en train de transmettre.


Gros plan d’un œil avec reflet arc-en-ciel, cils visibles, ambiance surréaliste et lumineuse.

Les couleurs influencent-elles directement les animaux ?


À ce jour, il serait excessif d’affirmer qu’une couleur donnée provoque systématiquement une émotion ou un comportement déterminé chez un chien, un chat ou un autre animal.

Chaque espèce possède également ses propres capacités visuelles. L’animal ne perçoit pas nécessairement les couleurs de la même manière que l’être humain. Une couleur que nous trouvons vive, sombre ou contrastée ne sera pas obligatoirement vécue de la même façon par lui.


Un animal qui refuse d’approcher un objet rouge ne démontre pas nécessairement une aversion pour le rouge. Il peut être inquiet face à sa forme, son emplacement, son odeur ou son apparition soudaine.


De la même manière, un animal qui se détend dans une pièce verte ne prouve pas que le vert possède un effet apaisant universel. La pièce est peut-être également plus calme, moins chaude, mieux éclairée ou associée à des moments agréables.

Observer un animal demande de résister aux conclusions trop rapides.


Main ouverte avec reflets arc-en-ciel sur les doigts, bracelet doré et tatouage, sur fond gris.

Comment aborder la chromothérapie animale avec prudence ?


La chromothérapie animale peut être envisagée comme une approche complémentaire d’observation de l’environnement, à condition de ne pas lui attribuer des effets thérapeutiques systématiques ou universels.


Elle ne doit pas remplacer :

  • un examen vétérinaire ;

  • une prise en charge de la douleur ;

  • un traitement prescrit ;

  • un accompagnement comportemental adapté ;

  • l’étude des besoins réels de l’animal ;

  • la recherche des causes d’un changement de comportement.


Une couleur ne soigne pas une maladie, ne permet pas d’établir un diagnostic et ne suffit pas à résoudre un problème comportemental.


L’intérêt de cette réflexion réside davantage dans la question suivante :

Comment l’environnement visuel influence-t-il l’état de l’humain, l’attitude de l’animal et la qualité de leur interaction ?

Cette approche remet l’observation au centre.


Conclusion


Les couleurs participent à l’ambiance de nos espaces et peuvent être associées à différentes émotions humaines. Néanmoins, leurs effets varient selon les personnes, les contextes et les expériences individuelles.

Les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas d’attribuer à chaque couleur un effet comportemental universel sur les animaux.


En revanche, les animaux, et particulièrement les chiens dans les études disponibles, peuvent percevoir de nombreux indices liés à notre état émotionnel. Une couleur qui modifie notre propre ressenti pourrait donc influencer indirectement notre posture, notre voix, nos gestes et, par conséquent, la relation avec l’animal.


La chromothérapie animale gagne ainsi à être envisagée avec humilité :

observer avant d’interpréter, individualiser avant de généraliser et ne jamais remplacer les besoins fondamentaux ou le suivi vétérinaire par une couleur.

Parce qu’avant de chercher ce que la couleur provoque chez l’animal, il est parfois nécessaire de comprendre ce qu’elle fait naître en nous. 🌿


Marina Dantas, une naturopathe animalière passionnée



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